ALLEMAGNE

L’Allemagne que j’aime ne porte plus de bottes
Ni de casque d’acier.
Après le cataclysme et son année zéro,
Elle a manié la pelle
Et des tas de gravas ont ressurgi des villes.

Hormis un résidu de quelques nostalgiques
Comme il en est chez nous pour le bon Maréchal,
La jeunesse a tiré un trait sur le passé
N’ayant pas à payer, des anciens, la facture.

En réouvrant le livre où j’appris l’allemand
Qui s’appelait «  Wer will, der kan » ou
« Qui veut, peut »
J’ai décidé d’en faire un guide de voyage
Et passant la frontière en franchissant le Rhin,
Je me suis égaré dans la forêt de Brahms.

Dans les noires futaies des montagnes rhénanes
Je n’ai pas eu de mal à comprendre pourquoi
Je retrouvais soudain tous les contes des Grimm.

Devenu pèlerin, j’allais me recueillir
Sur les tombes de Goethe, de Hein et de Schiller,
Celle de Beethoven et du tendre Schubert.
Et demander pardon à Jean-Sébastien Bach
Pour le bombardement incendiaire au phosphore
Qui détruisit tout Dresde.

Passant par Heidelberg, la vallée du Neckar,
Depuis chaque méandre comme des sentinelles
Se dressent, menaçants,
Les vieux burgs en ruines,
Perchés comme des aigles.
Victor Hugo en a, dans ses encres de chine,
Parfaitement rendu la sauvage beauté.

Je n’ai pas oublié de me rendre en Bavière
Que la folie d’un roi a couvert de châteaux
Et donné à Wagner un cadre à son génie
Pour que ses opéras soient dans la démesure.

C’est ainsi que j’ai clos mon périple allemand
Et je vous ferai grâce de tout ce que j’ai bu
Et mangé sur ma route au hasard des rencontres
Des repas partagés avec des inconnus.

Tous les pays sont beaux quand on ouvre son cœur.

                                                     P.SELOS
                                               Paris, Mars 2013

                                     

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