CONFESSION

Je suis très attaché à mon indépendance,
Autant que faire ce peu.
Les seuls liens que je porte
Sont ceux de l’amitié qui ne s’expliquent pas.
On peut m’apprivoiser tout comme le renard,
Celui du Petit Prince.
Pour le reste, je me sens plus loup
Que chien de ferme.
Si quelqu’un me déçoit
Je me dis qu’après tout
Je l’avais trop chargé du poids de mes désirs.
C’est à la môme Piaf que je suis redevable
D’avoir compris cela pour l’avoir entendue
Commenter sa chanson « Je ne regrette rien ».
Soyez à mon égard aussi compréhensif.
Qui connait la portée en acte et en parole
De ses comportements ?
Qu’il est lourd le manteau qu’on met sur nos épaules
Quand il nous faut jouer La Comedia dell’Arte
Dans un rôle trop grand, qui souvent nous dépasse.
Depuis que j’ai cessé de monter sur les planches
Je reçois en écho des lettres d’inconnus
Qui m’ont croisé un soir,
Quand j’étais saltimbanque
Et qui me disent avoir été touchés au cœur. 
Que pouvais-je en savoir quand tombait le rideau
Et que je rentrais seul dans ma chambre d’hôtel
Dont le marbre ébréché de la table de nuit
S’harmonisait si bien au papier peint à fleur.
Ceux qui sont du métier savent de quoi je parle.
Combien j’ai jalousé l’artisan ébéniste
Qui touche de ses mains l’objet de son travail
Alors que je n’avais, le spectacle achevé,
Que le crépitement des bravos qui s’éteignent.
Aujourd’hui grâce à vous, je vous dois de revivre.
Il était juste temps car j’allais m’en aller.


                                                            P.SELOS,
                                                   Paris, Octobre 2012

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