"CROISSANGS"

 

Le boulanger-pâtissier d’un village de Moselle,
Las d’être cambriolé, couchait toujours avec elle :
Carabine, un outil pour des rêves de vengeance
Et tireur assorti
Dormaient en chien de fusil.

Enfin, une nuit complice,
Ca bouge dans la boutique.
Faut-il sonner la police ?
Quel dilemme pathétique !
L’occasion est trop belle ; il faut saisir cette chance
Et répondre à l’appel
Du vieux chasseur éternel.

Il se met à l’affût dans l’angle de sa fenêtre
En souhaitant voir paraître le gibier tant attendu.
Ô merveille des merveilles ! Il a vu s’enfuir une ombre,
Récompense de ses veilles,
Un éclair, un corps qui tombe.

L’instinct alors assouvi, il téléphone aux gendarmes
Car il ne sera pas dit qu’il n’a pas donné l’alarme.
Se hâtant lentement, voici venir la brigade,
essoufflée, s’épongeant,
Et qui marche dans le sang.

Vite ! Allumons les lumières ! Identifions le voleur !
Formalité routinière, le boulanger n’a plus peur.
« Trop petit pour un homme ! » grommèle le brigadier.
« Ce cadavre dut en somme,
Avoir treize ans dans l’année ! »
Les jurés de la Moselle ont en leur âme et conscience
Pardonné l’excès de zèle au nom de l’autodéfense.

En passant par Florange, si vous voulez des croissants,
Méfiez-vous ! On les mange,
Dans la région, bien saignants.

 

                                           P. SELOS

 


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