D'UNE FEMME A L'HOMME

Raphaël


Dès l’aube de l’humanité,
J’étais le ventre rond du monde.
Homme ! Par moi que tu fécondes
Tu dois de pouvoir exister.

Dans l’eau primaire et maritime
Je t’ai conçu pour que tu sois,
Bien avant le premier éclat
Qui déchira la nuit féline.

Depuis que tu comptes le temps
Au sablier des millénaires,
Je suis la femelle et la mère
Où tu replonges éperdument.

Sous mes caresses qui rassurent
Renaît l’enfant que tu demeures
Et c’est pourquoi lorsque tu meurs
Je porte une double blessure.

Comme une insulte à ton orgueil,
La part de moi que tu refuses,
A la fois présente et diffuse,
Tu la vivras jusqu’au cercueil.

Elle est douceur, elle est tendresse ;
Elle est tes larmes ravalées
Et cette palombe envolée
Quand le chasseur a des faiblesses.

N’ayant jamais donné la vie
Tu sèmes allègrement la mort
Et quand t’effleure le remord
Tu te sens femme et désuni.

Pourtant tu sais nos ressemblances
Au lit d’amour, après la fête
Lorsque la chair est satisfaite
De s’être donnée en cadence.

Tu sais aussi nos peurs communes
Et nos fatigues partagées
Nos rêves irréalisés,
Châteaux de sables sur les dunes.

Quand ils ne servent pas l’amour
Tous les combats sont dérisoires ;
Dans les cerveaux il fait si noir !
Ensemble, refaisons le jour !

..................P.SELOS

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