ENFANTS DE BOURREAUX


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..........Par chance, ces angelots étaient trop jeunes pour servir de tortionnaires ou de chair à canon mais ceux qui survécurent aux hécatombes civiles de la guerre, comment ont-ils vécu le poids de l’héritage en tant qu’enfants de bourreaux ? D’après leurs témoignages, la révélation fut terrible. Beaucoup cherchèrent désespérément, dans une quête douloureuse, des parcelles d’humanité chez leurs géniteurs aux fins d’atténuer un sentiment de culpabilité, comme s’ils portaient la faute d’un autre, en expiation compensatoire. Tous dirent avoir été hantés par une sorte de malédiction, marque intérieure au fer rouge mais aussi stigmates extérieures qu’ils imaginaient visibles par tous.

         Il est bien plus difficile de guérir les âmes que les corps. Y parvient-on jamais, d’ailleurs ?

         Les enfants de Goebbels, par la mort qui leur fut donnée, n’eurent pas à gérer ce double deuil de leurs parents qu’ils idéalisaient dans l’innocence de leur enfance et l’atroce réalité tueuse d’espérances.

         Quels regards portaient-ils, ces gamins et gamines, sur ces fantômes rayés qui traversaient hagards, parfois leur ville ? Y pensaient-ils avant de s’endormir dans la tiédeur de leur lit ? La violence des faits leur permettait-elle d’exprimer encore dans leurs yeux une lueur de pitié ?


                                                      P.SELOS
                                           Paris, le 20 Avril 2015

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