EN GUISE DE TESTAMENT
Aux enfants qui n’étaient pas de moi et aux amis fidèles.


En moi n’est pas de vérité ;
Vie et rêve étaient confondus
Pour supporter la prétendue
Raisonnable réalité.

Surtout, ne pleurez pas ma mort,
Quand je serai cendre et fumée !
Pardonnez-moi d’avoir pollué
L’air que vous respirez encore.

Atomes retournés au Tout,
De vous je suis indissociable
Et quand vous vous mettrez à table
Nous y boirons les mêmes coups.

Le verbe « aimer » n’est pas à même
De vous exprimer tout l’amour
Qui fit battre mon cœur-tambour
Lorsque je vous disais « je t’aime ».

A mes chansons et mes poèmes,
Vous y reportant pour mémoire,
Vous n’aurez pas de mal à croire
Que vous étiez souvent leur thème.

J’avais vos photos-ostensoirs
Pour contrebalancer l’absence
Et vous étiez l’unique sens
De ma prière incantatoire.

Je vous lègue l’envie de vivre,
A plein gosier ! A pleines dents !
A sexe dehors et dedans !
Vivez à en devenir ivre !

Ne croyez pas en des promesses
De lendemains qui chanteront :
Tous ceux qui vous les prédiront
En ont d’inépuisables caisses.

Usez de votre intelligence
Pour échapper à la bêtise
De ceux qui vous marginalisent
Au refus de leur indigence.

N’écoutez pas tous les prophètes
Amplificateurs de néant ;
Leurs paroles ne sont que vent
A vous décerveler la tête.

Les Dieux sont faits à notre image,
Aussi pitoyables que nous !
Quel intérêt donc, aurions-nous
A suivre le premier roi mage ?

Pas de péchés originels !
Pas de rachats ! Pourquoi ? Pour qui ?
Pour des clergés qui négocient
Des vies soi-disant éternelles ?

Pour qui se prennent-ils les hommes ?
Grains de poussière au cœur des mondes,
Moins signifiants qu’une seconde
Du gigantesque métronome.

Chacun de vous est univers,
Son propre dieu, sa création ;
La prétendue révélation
C’est votre harmonie qu’il faut faire.

Je n’ai rien d’autre à vous léguer
Que des chemins menant aux êtres.
Ils vous serviront de fenêtres
Quand vous voudrez vous regarder.

Ah ! Si, j’oubliais l’essentiel :
La simplicité du bonheur
De ces petites joies mineures
Instantanées additionnelles.

Tombée du soir, petit matin
Dans la lumière horizontale
Rendant encore plus verticale
La moindre tige du jardin.

Le corps tendu sous la cadence
De l’un et l’autre se donnant
Et ce regard si rayonnant
Au débucher de la jouissance.

Une musique dans la nuit,
Un livre pour servir d’étoiles,
Une peinture crevant sa toile,
Pour interpeller notre ennui.

Les effluves de la cuisine
Qui disent déjà les plaisirs
Et les vins qu’il faudra choisir
Pour des assemblages intimes.

Qu’après moi, vous puissiez longtemps
Concélébrer votre amitié
Tout comme vous la partagiez
Quand je voulais fixer le temps.

Enfin n’oubliez pas de boire
A la santé du cendrier
Car c’est ma mort que j’ai brûlée
Si je survis dans vos mémoires.

 

                                         P. SELOS


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