ESTHÉTISME
Au nom du style


La mort de Sardanapale d’Eugène  Delacroix. I827.
-

            Bien que ce mot soit de racine grecque, il ne signifiait alors que la perception  du sens du beau. Il n’avait rien à voir avec l’existence d’une théorie artistique ou philosophique telle que nous la connaissons aujourd’hui.

            Voilà certainement un concept pratique pour jouir de nos turpitudes sans complexe, grâce à l’exonération bienveillante d’un alibi culturel.

            C’est ainsi que de beaux esprits montent au pinacle des œuvres qui, sous prétexte d’une qualité de style, font l’apologie des perversions humaines.

            « Le divin marquis » de Sade n’est-il pas cité comme un maître de l’écriture classique de son temps ? La fulgurance du style du bon docteur Destouches exonère-t-elle  Celine de ses délires antisémites ?

            Et, plus près de nous, vous dresser une liste exhaustive des écrivains transgresseurs de lois, au non de la sacro-sainte liberté d’expression, aurait tôt fait de vous importuner.

            Aucun des arts, mêmes les nouveaux venus, n’est exempt de cette composante sans laquelle le succès commercial est inconcevable.

            À partir du moment où l’œuvre picturale ou graphique est devenue l’objet d’une possible spéculation, les créateurs ont immédiatement saisi la plus value que leur apporterait l’intégration d’éléments situés à la limite de l’indécence, critère défini en leur période respective.

            Mythologies ou religions ont couvert d’un voile de vertu la passion débordante des peintres pour leur épouse, leurs maîtresses et leurs amants éphèbes.
     
            La littérature utilise parfois, à des fins identiques, des  tournures subtiles et l’on dit qu’il faut savoir « lire entre les lignes ».

            Mais notre époque est celle du triomphe de l’image au service de l’immédiateté.

            Avouons-le ! Nos nuits seraient terriblement répétitives et conventionnelles sans nos fantasmes inavouables.

 


                                                                                  P.SELOS
.................................................................... Paris, Le 25 Février 2015

        Liste des Textes