IL DORT

Quand nul lieu à l’entour n’échappe à la fureur,
Quand l’horreur le dispute à l’inimaginable
Et qu’on ne peut pas dire qu’on ne le savait pas,
Il dort.

Après avoir flâné dans la ville lumière
Et failli trébucher sur un corps en sursis
Transi sous la morsure glaciale de l’hiver,
Il dort.

Atteint de cécité sélective, il ne voit
Qu’une réalité repeinte à ses couleurs,
Rien ne trouble ses nuits d’honnête citoyen,
Il dort.

Ne vous souciez de lui, il n’a pas d’état d’âme.
Le mendiant n’aura pas à lui dire merci
Et tel un somnambule enfermé dans sa bulle,
Il dort.

Beaucoup trop compliqué de sortir une pièce,
Il lui faudrait ôter ses gants de pécari.
En rêvant des moyens de cacher la misère,
Il dort.

La banlieue lui fait peur, il en cauchemarderait,
Seuls ceux qui risqueraient de lui porter du tort
Ont une consistance et pour s’en protéger,
Il dort.

Celui qui s’accomplit dans le sommeil du juste
Ayez pitié de lui ! Ne le réveillez pas !
Il apprendrait beaucoup trop tôt alors qu’il vit
Sa mort.


                                                        P.SELOS
                                              Paris, Décembre 2012

 

                                         


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