LA MARGE


J’ai rejoint à mon tour les tapoteurs de canne,
Les tâteurs de pavés.
Mais je me sens moins vieux que ce jeune avachi
Qui se laisse glisser contre un mur pour s’asseoir.
Il faut lui pardonner ; il n’a pas de repère.
Rien que des géniteurs.
Avec d’autres paumés, il part à la dérive
Entre les mains de ceux qui le lobotomisent,
Enfant abandonné aux vendeurs de mort lente.
L’enclos de la cité n’a pas d’autre horizon
Que les tours et les barres
Aux façades grisâtres.
Ce qu’ils vont devenir n’intéresse personne.
Leurs parents, tout comme eux,
Ne sont plus qu’à la marge.
Que pourraient-ils donner ? Ils ne font que survivre.
C’est la misère mentale autant que matérielle.
Et l’entrée des immeubles et les caves sordides
Ne sont jamais des lieux incubateurs d’espoir.
Et l’on dit qu’on fera,
Et l’on dit qu’on va faire
Surtout quand ce terreau engendre la violence.
Bidonville au carré pour modifier l’image
Sans prendre les mesures
Qui pourraient tout changer.
Agir pour redonner leur part de dignité
A ceux qui ne croient plus
Qu’ils sont de notre monde.
Nous reconnaître en eux ;
Socialiser l’espace ;
Percer des avenues,
Désenclaver la vie
Et détruire pour toujours
Tous les quartiers ghetto.
Il suffirait pour ça d’en avoir le courage
Et d’exiger de ceux que nous avons élus
Qu’ils tiennent leurs promesses.
Mais j’ai bien peur, ami,
Que nous nous en foutions…

 

                     P.SELOS
                   Paris, octobre 2012


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