LA NOUVELLE CUISINE

Mânes de Curnonsky et Brillat-Savarin
Que sur l’autel du feu j’honore chaque jour,
Délivrez-nous de ceux qui prennent les cuisines
Pour des laboratoires !
Les tenants de l’azote et du moléculaire,
Porteurs du chapeau noir des tristes Diafoirus,
Collecteurs en montagne de simples et de mousses
Inconnues au jardin mais préférées des ours.
Vous qui nous concoctez d’esthétiques assiettes
Où le filet de sauce a des airs de pissette
Dont mon chien prévoyant chaque soir se déleste,
Avant de remonter dans mon appartement.
Quoi de plus novateur que cet assassinat
D’un beau foie de canard saupoudré de cannelle
Et bien « marmeladé »  
Au point qu’on se demande en se mettant à table
S’il est du plus haut chic de servir le dessert
Avant le plat du jour suivi par les hors-d’œuvre.
Il parait que la mode est aux saveurs du monde ;
C’est ainsi que l’on sert de la daube au gingembre,
Et du rutabaga confit au caramel.
Par chance, en quantité, on ignore la louche
Et les plats successifs ne sont que mises en bouche
Seule votre addition se montre généreuse.
Ces nouveaux cuisiniers font le lit des fastfoods
C’est aussi immangeable mais c’est moins prétentieux.
Quant à moi,
Partisan des ragoûts et de la poule au pot,
Je reste à mes fourneaux.


                                                            P.SELOS,
                                                   Paris, Octobre 2012       ......


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