LE QUOTIDIEN

Je suis le quotidien, miroir de notre époque,
Mes gros titres sont faits pour piéger le chaland.
Ne cherchez pas toujours de vérité dedans,
Ça n’a pas d’intérêt, le lectorat s’en moque.
 
Ce qu’il faut c’est du sang et de la catastrophe,
Du sexe croustillant et de l’indignation,
Un peu de calomnie pour plaire à l’opinion
Et l’article éclairé d’un pseudo philosophe.

J’affirme, à qui me croit, mon impartialité
Et les contradicteurs ont droit à la parole.
Ainsi aucune idée n’exerce un monopole ;
Au pire, on la lira dans un entrefilet.

Le nombre de colonnes est fonction des tendances.
Les groupes de pression souvent me manipulent.
Je pratique avec eux l’avance et le recul,
Le grand écart et les pressions sur la balance.

Le plus préoccupant c’est de trouver le vent,
Celui qui soufflera au changement de cap.
Dans l’art de louvoyer il faut être savant,
Être du bon côté quand on tire la nappe.

Enfin, puisque l’argent est le nerf de la guerre,
Il me faut prospecter de la publicité ;
Il m’importe fort peu qu’elle soit mensongère
Si c’est à son pouvoir que je dois d’exister.

Au bordel des médias, je flatte vos désirs.
A toutes vos envies, mes pages sont ouvertes.
Dans ce marché persan vous n’avez qu’à choisir,
Vitale ou superflue, la demande est couverte.

   

                                                        P.SELOS
                                              Paris, Décembre 2012

                                        

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