Les Colos


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...........C’était pour les gosses de prolos. Nous étions payés au lance pierre. Rares étaient les hébergements en dur, propriétés des communes ouvrières. Le plus souvent, on logeait sous des tentes marabouts récupérées à l’armée. Parfois, c’était dans des baraquements en bois aux planches noircies par la succession des quatre saisons et posés sur des dalles de béton. Pas question de piaules à quatre ou à six mais de grands dortoirs partagés parfois par les plus jeunes et les ados. Seul le directeur, l’infirmière, quand il y en avait une, et la cuisinière avait leur chambre.

            Les jours de pluie, faute d’espaces appropriés, les activités étaient réparties sans distinction aucune. On repoussait les lits et la salle à manger qui servait aussi pour les veillées, était, après le repas de midi, l’objet d’un partage contesté par les divers ateliers qui y trouvaient refuge.

            J’ai le souvenir d’une certaine session à la neige où les enfants n’avaient aucun vêtement d’hiver. Pour le voyage de nuit, l’encadrement prêta ce qu’il avait de plus chaud et, un jour après notre arrivée, on dût affecter une partie du budget, lequel était des plus serré, pour habiller les mômes. Je me chargeais de négocier les prix auprès des fournisseurs que je parvins à attendrir en évoquant la situation. Au retour, j’en fis le reproche à l’organisme responsable (Le syndicat des Ouvriers du Livre et de la Presse, CGT) et j’obtins texto ces réponses : « c’est déjà bien qu’on les emmène en vacances ! » et « Ça n’est pas réservé  qu’aux fils et filles de bourgeois ».

            En général, le matériel d’animation était réduit à sa plus simple expression : Quelques boites de crayons de couleurs, les moins chers, idem pour les palettes de pastilles de peinture à l’eau, trois à cinq paires de ciseaux à bout rond, le verso vierge de papiers récupérés dans des bureaux, des cartons d’emballage et de la colle de poisson qui puait l’alcali. Enfin, les éternels rouleaux de papier crépon « fer de lance de la pédagogie nouvelle » à n’utiliser qu’avec parcimonie.

            En fait, par beau temps, ce qui nous sauvait la mise c’était, en bord de mer, la baignade et, ailleurs, les balades à pied sur l’air de « Ma poule n’a plus que vingt cinq poulets ; elle en a eu trente-enteu ! Allongeons la jambe, la jambe car la route est longue-ongueu ! »

            C’était les plus petits qui marchaient le mieux alors que les ados et les monos « étaient sur les rotules ».
            Aujourd’hui, les antiques colos ont fait place à de courts séjours à thèmes et à des tarifs prohibitifs.

            À l’exception de  certaines sorties proposées par des  œuvres caritatives, les enfants des quartiers défavorisés se retrouvent au pied des immeubles de leur cité, à la merci de rencontres douteuses.

            Ne parlez plus de politique sociale à mon cheval ; il vous donnera un coup de sabot.


                                                                 P.SELOS
................................................... Paris, le 20 Février 2015

 

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