LES PETITS PIEDS


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         Qui n’a jamais fondu devant des petits pieds, qu’ils soient de chocolat ou bien de sucre rose. J’en ai connu aussi couleur d’orge ou de miel, c’est selon.

         Ces petons là feraient facilement de moi un gentil ogre quand le bébé tout seul joue à les attraper. Le temps des découvertes où il s’identifie.

         Les pleurs sont pour après, quand tarde le biberon.

         Pour l’heure, c’est le moment où le bébé gazouille. Il est intéressé par le son de sa voix. Voici qu’il recommence en rajoutant des notes.

         J’ai déjà entendu faire ça d’un rossignol.

         Il n’est rien de plus triste, par contre, que l’enfant qui geint, le front fiévreux. On se sent désarmé avant de se reprendre et si provisoirement il doit quitter le nid, la maison sonne creux jusqu’au retour de l’ange.

         Et moi qui suis grand père, à l’image d’Hugo, je mesure vraiment alors mon impuissance et je pleure dans ma barbe silencieusement trouvant longue cette attente, telle une éternité.

         Et quand il nous revient, le prenant dans mes bras, c’est comme si je portais une vie tout entière avec son devenir. Je me sens gauche et lourd, malhabile et pataud.

         Mes mains n’ont rien su faire sortir de leurs dix doigts.

         C’est un de mes regrets.

         Le tangible me manque. J’ai semé, à tous vents mes idées d’herbes folles. J’avais la prétention qu’il en germe du grain.

         Il me faut me résoudre à n’être qu’un poète.

         On peut trouver bien pire, comme sort, sous les étoiles.
 

 

                                                                     P.SELOS
.......................................................... Paris, le 2 Mars 2016

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