L’ARCHITECTE


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         L’architecte parla, il l’a voulait sa ville. Il avait les appuis et les financements.
  
       « Apportez-moi » dit-il, « le plan d’occupation des sols et celui des volumes. Avant de commencer, je vais tout écraser ».

         Il le faisait déjà quand il était petit.

         À peine avait-il fait tenir en équilibre ses cubes empilés qu’il les faisait tomber avec, dans le regard, des lueurs de plaisir.
         Enfin, il allait faire « pour de vrai », comme on dit.

         Quelques années plus tard, le voici, son chef d’œuvre : Une ville tracée au cordeau.

         Tout y est réparti en des lieux spécifiques. Des stades et des gymnases, des écoles, des crèches des lycées, des campus, tout ça bien séparé pour une cité morte.

         Aplatis les niveaux avec, de ci de là, une tour qui se dresse, histoire de remédier à la monotonie. Quelques grandes surfaces car le peuple consomme.

         On n’a pas oublié un réseau souterrain réservé aux transports, à part quelques tramways circulant à l’air libre.

         Et puis, de grands espaces, dissimulés ou pas, consacrés aux idoles qu’on nomme automobiles.

         Il n’y a plus qu’une chose qui ne circule plus : Le sang des relations sociales qui faisait qu’il existait encore des solidarités et des enfants qui jouaient alors sur les trottoirs.

         C’était peut-être ça qu’on appelait la vie …   

                                         

                                    . . .                                P.SELOS
............................................................ Paris, le 11 Mars 2016

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