L’EFFET INVERSE


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                           C’est à l’écoute d’un jeune pianiste virtuose que j’ai renoncé, heureusement pour vous, à poser les doigts sur le moindre clavier. Il y a des admirations stérilisantes car l’émulation n’opère pas toujours. Conscient de la somme d’efforts qu’il m’aurait fallu investir, sans espoir d’approcher son talent, j’ai suivi mon penchant naturel à admirer les étoiles sans chercher pour autant à les décrocher.

         Aux dires de mes lecteurs, j’ai la plume facile. J’ai donc pris cette voie mais je me suis bien gardé de me choisir des maîtres, tant leur nature n’est pas comparable. C’est demander à un gastronome le fromage qu’il préfère alors qu’à juste raison, on en sert plusieurs sur un plateau.

         À de rares exceptions, tel ce bourreau de travail de Victor Hugo, la capacité de nombreux écrivains à produire des ouvrages à la chaîne les expose à courir le risque d’une exploitation à outrance du style et des idées de leur premier succès commercial. Un instant abusé, la lassitude nous gagne plus ou moins rapidement. Comme dans les mines, les filons finissent par s’épuiser. L’usage littéraire des « nègres » ne suffit plus à palier le manque d’inspiration.

         Les tempêtes provoquées par la recrudescence du plagiat se calment bien vite, tant elles sont devenues habituelles.

         Nous sommes loin des canulars du genre « doublet du Goncourt» ou du plaisir joyeux à pratiquer le pastiche.

         De nos jours, les plagiaires sont tristes. Quand ils sont pris en flagrant délit, ils se défilent, tels des enfants surpris les doigts dans un pot de confiture.

         Le syndicat des muses déclare parfois la grève …

   

    ........................... ..............................   P.SELOS
................................................... Paris, le 26 Juillet 2015

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