L’USURE DES MOTS


-

         Ils ont la vie dure, les mots.
 
        Pour la plus part, ils ont aussi de l’ancienneté. Autrefois nous aurions dit : « ils ont de la branche » par allusion à leur arbre généalogique.

         Ce sont aussi de grands nomades. Eux n’ont aucune difficulté à passer les frontières. Ce sont tous des émigrés.

         On en a même importés d’au-delà des mers.

         Parfois, ils trahissent leur sens chez ceux qui ont perdu le leur.

         Leur maladie première est nommée Qui pro quo.

         Elle est cause de drames et de conflits absurdes.

         Il faut, de temps à autre, pour les régénérer, les perfuser d’un sang qui leur soit compatible. Il ne s’agirait pas qu’ils dénaturent la langue de doublons inutiles à sa compréhension.

         La nature profonde d’un peuple s’enracine en des mots essentiels pour sa propre culture.

         On doit la préserver de la banalité.

         La mondialisation est la pire menace qui pèse sur l’esprit où s’articule encore la vive intelligence qui nous sert de boussole.

 

                                                                         P.SELOS
........................................................... Paris, le 6 Février 2016

        Liste des Textes