MARCHANDS D'EXIL

Il cherche vainement un port
Où jeter l’ancre
Pour ne pas devenir une épave,
Et monnayer son exil.

Entre la dictature et la liberté
Il n’y a pas de parité
Ni de cours des valeurs.

Parce qu’il est poète
Il dit qu’il n’a pas plus de droits
Qu’un paysan de sa vallée,
Sa peur fut égale à la sienne
Qui la subit encore.

Froide est la sueur de la menace,
La chaude est celle du travail
Dans les vignes d’azerbaïdjan.

L’or du pétrole a bien failli
Bâillonner son cri de révolte
Au fond des geôles du silence.

L’ombre qui couvre sa patrie
Obscurcit le ciel de midi
Dans la fumée des raffineries
Et dans les têtes
Où l’homme livre
Un combat pour demeurer libre,
Un jour peut-être.

En attendant, il est des nôtres
Mais il n’est pas venu ici
Pour être un rossignol en cage
Dans le salon des intellos
Ni aux tables des égéries
Où s’exhibent des exilés
Dont c’est l’unique qualité
A la mangeoire.
                        
                                          P.SELOS
                               Paris, novembre 2012

 

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