MONSIEUR MARCEL


Je n’aime pas les cattleyas
Que vous portez en boutonnière,
Monsieur Marcel.

Raie au milieu, fine moustache,
Gants beurre frais et canne à pommeau,
Le teint céruse.

Dans la chambre aux lourdes tentures,
L’asthme vous tenant en éveil,
Vous écriviez.

Vous êtes en littérature
Un chroniqueur du temps perdu
Et c’est si vrai !

Je n’ai pas honte de le dire :
Je ne trouve aucun intérêt
À votre prose.

Ces jeunes filles éthérées
Que vous n’avez jamais cueillies
Se sont fanées.

Chez la duchesse de Guermantes
Alias Greffulhe en son salon,
Vous courtisiez.

L’été, sous des chapeaux de paille,
Avec vos amis parasites,
À la campagne,

Vous lézardiez dans l’insouciance
De vos lendemains assurés
De par vos rentes.

Aveugle et sourd à la misère,
La vie décrite par zola
Et par Jaurès,

Cela ne vous concernait pas
Avec votre montre à gousset
Servant de cœur.

Je hais votre univers stupide
De tilleul et de madeleines,
Et d’égoïsme,

Un monde plein de suffisance,
Petit, étriqué, terre à terre,
Sans envergure.

Votre encrier sent la morphine,
Et votre logorrhée de même,

Monsieur Marcel.

 

...........................P. SELOS
..............Paris, le 28 novembre 2013


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