NORD

Je vais m’en retourner au pays des terrils,
Des poutrelles d’acier ;
Là j’y retrouverai son vieux peuple viril
Et ses tas de poussier.
À travers la fumée où tout se fait amer,
Même le vent d’été,
Monte le rythme sourd des machines de fer
Et des coups répétés.

Près de la grande usine aux verrières crasseuses,
Sous le pont qui se cambre,
Coule nonchalamment pour atteindre la Meuse,
La douce et grise Sambre.
Mais les villes noircies qui semblent n’engendrer
Que travail et tristesse,
Savent quand il le faut éclater de gaité
En de franches kermesses.

Tirs à la carabine, déluge en confettis,
Loteries « j’ai gagné !»
Moules, frites, beignets, bière de Wallonie
Et chapeaux de papier.
Les filles et les gars font tourner leurs amours
A coups d’accordéon ;
Ce soir, il faut danser, car le plaisir est court ;
« A toi ! va-s-y Léon ! »

L’aube va se lever et le dernier lampion
Vient d’éteindre sa mèche ;
Le vent du petit jour souffle les lumignons
De son haleine rêche.
Depuis longtemps déjà, vers les nuages lourds
On mugit les sirènes
Et là-bas sur le fleuve où l’eau poursuit son cours
De gros chalands se trainent.

Nord ! Nord ! Nord ! Nord !
N’aurais-tu pas perdu le nord en t’en allant vivre à Paris ?
J’entends encor carillonner sous le ciel bas,
Là-bas au pays des beffrois.

S’il faut des souvenirs pour faire une chanson,
Mon vieux pays du Nord, à toi l’accordéon !


                                             P.SELOS

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