NOTRE SOEUR NOUS ATTEND


Elle était notre soeur avant notre naissance
Et bien avant le temps d'avoir été conçu,
Dans les tous premiers pas de la vie chancelante,
Dans cette dent de lait des illusions perdues.

Qu'on la mette à la porte, aux sorties de nos villes,
Qu'on ne la suive plus dans la rue des vivants,
Qu'elle n'ait plus rendez-vous à notre domicile,
Cela ne change rien, notre sœur nous attend.

D'un soit-disant voyage il n'est pas revenu
Celui-là qu'on aimait, qui disait d'être sage
Et qui cachait ses larmes avant de n'être plus
Aux regards de l'enfant questionneur de visage.

A grandir quelque temps sans voir la fin des hommes
Nous mettons en mémoire un éternel printemps
Et nous n'avons plus rien d'une grande personne
Quand le moment venu, notre soeur nous attend.

A trop avoir rêvé qu'ils étaient immortels
Certains ne l'ont pas vue frapper chez leurs voisins ;
Dans la course au bonheur qui leur donnait des ailes
Ils sont morts en plein vol en n'ayant joui de rien.

Moi qui meurs chaque jour, je veux vivre avec elle
Dans ce cycle sans fin de recommencements ;
Le gris de mes cheveux est là qui me rappelle,
Si l'oubli m'en venait "notre sœur nous attend"

En t'apprenant la vie je t'apprendrai la mort ;
Tu verras qu'elle ne conduit pas vers le néant
Mais que nous retournons pour renaître en un corps
Que certains nomment "Dieu" et d'autres "sédiments".
Tu n'auras plus le temps de vivre en demi-teinte,
En demi-liberté, en demi-combattant,
Et tu refuseras cette ultime contrainte,
Cette absurde agonie... Notre mort nous attend.

 

                          
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