NOTRE TOUR D’IVOIRE


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         Sans ignorer le sens ésotérique hébraïque de cette expression, ça n’est pas faire insulte à Montaigne que de m’en tenir à sa réalité domestique.

         Être à la fois à l’abri de sa tour, entouré de ses livres, sa correspondance et ses archives, au cœur de son patrimoine car il est à la fois grand voyageur, impliqué dans les réalités de son temps et gérant soucieux cependant de ses biens, la forme circulaire du lieu l’incite à la réflexion.

         Châtelain ou pas, nous sommes tous notre propre tour en laquelle nous nous retirons de temps à autre pour faire le point. Sans pour autant débattre de sujets aussi profonds abordés avec La Boétie, il nous arrive de constater, entre amis, des similitudes de pensées communes.

         Ma pièce à vivre, car il existe aussi des pièces à mourir comme il était coutume d’utiliser celle du salon du rez-de-chaussée dans les maisons du Nord où j’ai des attaches familiales, ma pièce à vivre, donc, c’est mon bureau. J’y domine une place et un carrefour.

         Entre les marchands qui vendent des vêtements à bas prix et les troupeaux de touristes qui montent à la Butte Montmartre, la vie est omniprésente. Il me suffit de quatre volées d’escaliers pour m’y fondre dans la foule mais aussi de faire le chemin inverse pour regagner le cocon de mon appartement, témoin de mes séances d’écriture. Je n’ai pas la prétention de rivaliser avec l’auteur des Essais mais, oh combien ! je comprends son besoin impérieux de solitude.

         J’ai parfaitement conscience d’être un privilégié grâce à la compréhension de certains et les revenus affairant à mon statut d’handicapé. Du moins, taillant du scalpel dans les bubons d’une société inégalitaire, ai-je la naïveté de servir, tant soit peu, à la combattre.

 

                                                                     P.SELOS
......................................................... Paris, le 16 Août 2015

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