PRENDRE DE L’ÂGE.


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Prendre de l’âge, du vrai, du bon,
Trois quart de siècle bien sonnés,
Ne pas les vivre en petit vieux
Avec le menton sur la canne
En remâchant des souvenirs.

Ça n’est pas vieillir qui m’éprouve
Puisque c’est dans l’ordre des choses
Mais d’être alors considéré
Tout comme un objet inutile
Et sans valeur.

Sentir qu’on est périphérique
À cette vie qui continue,
Dans les veines de la jeunesse
Qui nous renvoie à notre automne,
À notre fin.

Il faut se faire une raison,
On ne transmet pas l’expérience ;
Il faut la vivre à son seul compte
Et non pas par procuration.
C’est illusoire.

On peut par contre partager
La connaissance et la culture
Celles que contiennent les livres
Qui sont les portes du savoir
Libérateur.

Je ne veux pas qu’on se méprenne
Sur le profond de ma pensée.
Je ne suis pas le promoteur
D’aucune gérontocratie,
Comme à Athènes.

Le monde est une symphonie
Et son immense partition
A ses silences, ses points d’orgue,
Ses cadences, ses crescendos
Ses rythmes propres.

Du tonnerre de ses timbales
Au son argentin du triangle
Les instruments qui la composent
Ne sont jamais surnuméraires.
Tout est écrit.

« Être » et « avoir été » n’ont rien
Entre eux qui soit incompatible
Et c’est le souffle de la vie
Qui leur donne leur cohérence
Et leur mystère.

Qu’on l’appelle « l’esprit » ou l »’âme »,
Qu’on ait cherché à les peser
Sur les balances alchimiques
Dans les ateliers empiriques
Au moyen âge,

Depuis le tout premier atome,
Le tout premier boson de x,
Nous étions déjà préconçus
Ce qui m’amène à me poser
Cette question :
                               Suis-je né libre ?

                       P.SELOS
.............Paris, le 6 Mars 2014

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