Quand On Sait Lire


Bibliothèque de l’Institut
Photo Christian Piche


         Je referme sur moi la porte du présent immédiat, une porte capitonnée qui m’isole des bruits du moment, à l’instant même où j’ouvre le livre.

         Comme beaucoup, je pourrais désespérer de mon ignorance face aux savoirs multiples contenus dans tous ces volumes.

         Bien au contraire, cette notion de l’inépuisable stimule encore plus ma curiosité.

         Je suis du type de lecteur oublieux du temps.

         Appréciant les plaisirs de la table, je peux cependant sauter l’heure d’unrepas sous l’envoûtement d’un récit.

         Cette dictature des horaires, j’y échappe aussi quand j’écris.

         Depuis l’enfance, combien de fois n’ai-je pas entendu la sempiternelle menace d’une privation de dîner pour retards intempestifs ?

         Tout le monde n’est pas Alexandre Dumas, capable de partager ses occupations entre la rédaction des trois mousquetaires, un livre de recettes de cuisine, et les banquets qu’il présidait dans son château de Port-Marly.

         Il « travaillait » ses œuvres en collaboration avec son ami Auguste
Maquet et d’autres, à la manière dont les peintres de la Renaissance animaient, de leur génie, l’équipe de leur atelier.

         Hormis les textes qu’ils recèlent, se cachent aussi, derrière les         couvertures, l’histoire de ceux qui en ont accouchés.

         C’est en effet une véritable gestation qui précède la naissance d’un ouvrage. Pour le dire plus ou moins trivialement, l’écrivain y laisse toujours quelques plumes.

         Quant au lecteur, il n’est pas loin d’être un anthropophage.

 

                                                                            P.SELOS
................................................................. Paris, le 8 Mai 2016

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