RADIO LA NUIT

Dans mes longues nuits sans sommeil
Ma compagne n’avait qu’un œil,
Tout rond et d’un vert lumineux
Et qui changeait d’intensité
Quand je parcourais les fréquences.

Ici Moscou, Radio Andorre,
Et les appels désespérés
Qui parvenaient de Budapest
Où se mourrait la Liberté
Comme il en fut plus tard à Prague.

Quand les routiers étaient sympas
En prenant la route de nuit
Et qu’il fallait dire à Marcel
Que Maryvonne avait encore
Du bourguignon dans sa marmite.

Je finissais par m’endormir
Avec les « maîtres du Mystère »
Dont je tenais la caméra
Pour des images bien à moi,
Sorties de mon imaginaire.

D’autres fois, sur les ondes courtes
J’allais en Chine ou chez les Turcs
J’ai vu les neiges de Finlande.
J’ai même, par un matin rose,
Entendu planer la prière
D’un minaret de Samarcande.

Certains dorment ; d’autres se lèvent
Un enfant naît, un vieux se meurt ;
Tourne la noria de la vie !
J’écoute palpiter le monde
Et j’en ai le cœur ébloui.
Avant de me dissoudre en lui.

                       P.SELOS
                                      Paris, Janvier 2013                

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