UNE HARPE
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.........Quoi de plus érotique, comme objet, qu’une harpe ? Peut-être la figure de proue de certains navires …

         Les poètes ne s’y sont pas trompés en la choisissant comme support de leurs élégies.

         Rien qu’à la position de l’interprète qui donne l’impression de la chevaucher, il n’y a guère que le violoncelle qui puisse en ce domaine rivaliser avec elle, la contrebasse manquant de grâce.

         Il y a une volupté à tirer de ses cordes, en la parcourant des deux mains, à simuler sous la pulpe des doigts, caresses ou pincements pour en tirer des notes langoureuses ou d’agacement, à l’égal d’un corps soumis au plaisir.

         « Poète, prend ton luth et me donne un baiser » disait la muse, dans La Nuit de Mai, de Musset.

         Cette harpe, l’iconographie s’en est emparée, en accentuant la connotation saphique des musiciennes par un voile de gaze suggestif
mettant en valeur une plastique généreuse. J’en garde un souvenir reconnaissant car nous n’avions, adolescents de mon époque, que les dictionnaires d’anatomies médicales ou les livres d’art pour alimenter nos phantasmes.

         La poésie est un moyen d’érotiser la réalité quotidienne. La psychanalyse ne s’est pas privée de se saisir du sujet, toutes écoles confondues. L’être prétendument équilibré selon des critères discutables, n’échappe pas à ses pulsions, inhérentes à sa nature humaine.

         Il y a fort à parier qu’avant même la formation du langage, le sentiment amoureux se soit traduit aussi, en plus des attitudes, par des sons qui j’imagine moins gutturaux que ceux utilisés pour  exprimer la colère.

         Les plus beaux poèmes d’amour trouvent toujours, à tout âge, un écho dans nos cœurs, d’où qu’ils viennent.

         Jusqu’à l’instant où le livre nous tombera des mains …

 

                                                                                         P.SELOS
............................................................................ Paris, Septembre 2014

 

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