UNE LETTRE DE PROVINCE



         Ces messieurs de Versailles ou de Paris ont tendance, depuis des siècles, à jeter sur nous un regard condescendant. Même les gens de peu se drapent dans la suffisance de ceux qui les gouvernent.

         Il est bon de leur rappeler qu’ils n’existeraient pas sans les ressources de la province, prioritairement  en matière de subsistance. Qu’ils se souviennent de la piquette aigrelette qui leur faisait faire la grimace en l’absence de nos vins.

         Sans nous, leurs tables seraient bien dégarnies.

         Il n’y a pas d’ailleurs de gastronomie parisienne, sauf à considérer les extravagances culinaires de chefs en perpétuelle recherche d’une renommée surfaite et mercantile.

         Hors les spécialités étrangères où l’on trouve le plus souvent le pire que le meilleur, qu’en serait-il de la cuisine roborative et néanmoins goûteuse de nos restaurants régionalistes ?

         Qu’il s’agisse, en son temps, de la cour, tout comme de nos jours, ces parisiens prétendument de souche, nous leur avons loué nos bras et notre sang coule dans leurs veines. C’est le petit ramoneur savoyard qui décrassait leurs conduits de cheminée et le maçon de la Creuse qui leur a élevé leurs immeubles.

         Avant l’ère du pétrole, ils ont longtemps, pour se chauffer, dépendu des bois de flottage venus des Vosges et du Morvan. Quant au charbon, elle n’est pas si lointaine l’époque où le bougnat livrait les deux à travers la ville.

          Dans cette ville-capitale, ils sont nombreux ceux qui rêvent de vivre à la campagne; Certains y ont une résidence secondaire, maison qui ne s’éveille qu’aux vacances, volets clos le reste de l’année.

         Qu’ils se dépêchent car cette campagne qu’ils évoquent rétrécit comme peau de chagrin et ressemble de plus en plus à la périphérie des agglomérations où le rural le cède à l’urbain.

         Comment ne pas conclure ce texte sans vous faire part de cette citation :
         « On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus sain » Alphonse ALLAIS : 1854-1905.

 

                                                           P.SELOS *
                                                 Paris, le 4 Avril 2015

                                               

* j’ai vécu plusieurs années en province

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