UN VOYAGE DANS LE TEMPS


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              Vous est-il déjà arrivé de laisser dériver votre pensée toute imprégnée d’un lieu porteur d’Histoire, au point d’avoir envie de remonter le temps ?

             Si je vous disais en avoir fait l’expérience, me croiriez-vous ?
C’est pourtant ce qui m’est advenu, suite à une invitation à venir animer une veillée au cœur de la Bretagne profonde, loin de toute côte, perdu à l’intérieur des terres, hors des chemins touristiques balisés. Je vous en tairais le nom, de peur d’en troubler la quiétude.

             L’homme qui m’accueillit était à la fois le châtelain et le propriétaire de la majorité des terres de sa commune. Monsieur le Comte, tel était son titre, revendiquait hautement ses quartiers de noblesse.

             Bienfaiteur de l’unique école tenue par les religieuses d’un couvent voisin, il perpétuait ainsi la tradition des pieuses fondations que les seigneurs ne manquaient pas de créer, en songeant au salut de leur âme.

             J’eus donc droit aux égards de mon hôte. Il me fit faire le tour de ses domaines, moi cahoté dans une antique berline, vitres baissées, lui caracolant à ma portière, changeant de côté, selon la disposition des lieux.

              Entrant dans chaque métairie, j’assistais à la répétition d’un rituel identique qui me plongea en plein Moyen Âge. Il me revint alors en mémoire une image d’un magnifique ouvrage consacré à la chevalerie.
              Tandis que l’homme, tête découverte, tenait l’étrier du seigneur, sa femme accourait, élevant vers lui une coupe, soit de vin, soit de cidre, en signe de soumission.

              Il en fut de même pour le Comte qui y mouilla ses lèvres, s’enquit de leurs nouvelles et prit congé.

              Le soir, la veillée étant précédée d’un banquet généreusement offert à tous mais en l’absence du Comte, car il ne faut pas déchoir de son rang, un taxi m’attendait, course réglé, mon hôtel idem, et mon cachet en poche.

              J’eus beaucoup de mal à trouver le sommeil, cette nuit là.
             
              De retour à Paris, il me fallut quelques jours pour être bien certain de n’avoir pas rêvé.

 

 ...................................................................P.SELOS
.................................................... Paris, le 27 Octobre 2015

 

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