Pour mon ami indéfectible, Georges SALARD
À BRASSENS...
I
Toi le gréco-latin, qui tutoyait
les Dieux
Et dont le testament est resté
lettre morte ;
Tu n’imagines pas le grand deuil que
je porte
Quand je vois ta bouffarde ennuager les
cieux.
II
Si tu as retrouvé les muses, les
déesses,
Qui mettaient en chaleur les satyres
cornus ;
Je pense que tu dois à tâton
dans les nues,
Les deux mains en avant, leur tripoter
les fesses.
III
De ce monde d’ici, n’éprouve
aucun regret ;
L’Auvergnat a fermé, il a pris
sa retraite
Plus de paratonnerre, encor moins de
girouette
La parabole est reine et reine la télé.
IV
Mis à part maintenant tes
quelques vieux fidèles
Quel public aurais-tu pour aimer tes
chansons ?
La musique n’est plus que des copeaux
de sons
Un résidu de rap et de ses
décibels.
V
Le temps n’est plus clément à
ton voleur de pommes
Pour un flagrant délit, il irait
au violon.
Margot avec son chat serait dans un
boxon,
Maintenant les chemins nous mènent
tous à Rome.
VI
Dans les bistrots pourris que tu
chantais si bien,
Le zinc a disparu, on chrome les
façades ;
Au lieu du bourguignon, on bouffe des
salades
Qu’on arrose au Vichy Saint Yorre ou
Célestin.
VII
Va ! Tu n’a rien perdu ; je dirais
qu’au contraire
Vu l’état d’aujourd’hui,
tu es parti à temps.
Celui qui te le dit te chérissait
pourtant,
Mais il est clair qu’ici tu n’as
plus rien à faire.
VIII
On ne taillera plus de sabot pour
Hélène,
Cupidon sur le Net tire à
l’ordinateur
Personne ne veut plus, pour trouver
l’âme sœur,
Chasser les papillons dans les champs
d’O.G.M.
IX
Nous sommes les derniers de ces
aborigènes
Mangeurs de charcutaille et videurs de
bonbonnes
Et nous pensons toujours au mot dit de
Cambronne
Quand se dresse le M , mangeoire
américaine.
X
Ce que je n’osais pas t’avouer de
ton vivant,
Au nom de la pudeur maladroite des
hommes,
De mon cœur d’orphelin, je te le dis
tout comme :
“Je t’aime, mon salaud ! et pense à
toi souvent.”
P.SELOS
Paris, décembre 2003