MON AMOUR
Je connais tes ravins, tes sources et
tes ombres,
J'ai fait plier ton corps, le courbant
sous mes doigts
Et cet arc a vibré jusqu'au cœur
de son bois
Quand je sentais alors sa fibre me
répondre ;
Mon amour !
Et je
t'ai parcouru pour finir sur tes
lèvres
Lorsque ta peau brûlait de
l'ambre des étés,
Mais, à cette fontaine où
j'allais m'abreuver
Cette fraîcheur humide, à
ma soif, était vaine.
Mon amour !
Je peux,
les yeux fermés, te
refaire en l'espace
Car j'ai le souvenir des vallées
et des monts
Et je te sais depuis les cheveux aux
talons
Comme un pêcheur connaît
les écueils et les passes,
Mon amour !
En ton
regard taillé dans une
aigue marine
J'aime à voir se troubler le
bleu-vert de son eau
Quand mes mains descendant ton corps
tel un ruisseau
Vont s'arrêter enfin en de tièdes
abîmes,
Mon amour !
Je suis
comme l'enfant des sorties du
dimanche ;
Je ne me lasse pas de refaire le chemin
De la nuque à l'épaule et
la vague des reins,
Des jambes en fuseau à l'amphore
de tes hanches,
Mon amour !
Les
paumes de mes mains ont gardé
la mémoire
D'une vasque allanguie, au milieu d'un
jardin,
Prenant en se creusant la forme de tes
seins,
Et c’'est comme un Rodin et c’est
comme un Renoir.
Mon amour !
P.SELOS