POUR UN PIANISTE MORT
J'ai mis dans ma chanson pour un
pianiste mort
Et dont le coeur était aussi
grand qu'un Pleyel
L'univers qui naissait sous les
battements d'ailes
Quand ses mains s'envolaient pour
poser un accord.
Je me
suis souvenu du chœur des
cathédrales
Qu'il bâtissait pour moi quand
je fermais les yeux ;
La musique est parfois une prière
à Dieu,
Il en est tant monté aux voûtes
médiévales.
Du piano
qui servait de coffre de
marine
J'ai retrouvé les sons de
poivre et de canelle
quand l'amour et le rhum à la
chaleur se mèlent
Sur le balancement d'un rythme de
biguine.
Je n'ai
pas oublié un air de
polonaise
Qu'il avait marié un soir sur
le clavier
Avec un vieux tango désargentinisé
Et qui ne savait plus comment vider
les chaises.
Enfin,
j'ai demandé à ce
vieux noir de jazz
De bien vouloir prêter son tempo
à ma voix,
Puisque là-bas l'on pleure et
l'on chante à la fois
Et que c'est de Django que viennent
les nuages.
Tout
vibre encor de lui alors que je
vous chante
Le seul De Profundis qui plait aux
musiciens
Lorsque les doigts raidis, le dernier
souffle éteint,
Dans la nuit de Mozart, l'éternité
commence.
P.SELOS