À Pierre SELOS, en guise de préface.
Pour les mots voyageurs, le jardin est
derrière,
On doit y retourner quand les auteurs
sont morts
Et la fosse commune nous découvre
les bières
De ceux dont le stylo avait trempé
dans l'or.
Le poète s'est peint dans sa
maison d'été,
Le vin n'existe plus qui le faisait
chanter ;
Personne n'entendra la voix qui se
déchire ;
C'est que l'ombre est tenace et que la
mer chavire.
Nous
sommes ouvriers dans une étrange
usine,
Condamnés à saisir l'écho
avec le cœur ;
Je t'écris, par saccades, à
bord de ma cuisine,
À la table moulue, voisine de la
peur.
L'harmonica des ans joue contre ta
fenêtre
Et je te vois filer sur d'autres
continents ;
Avec le petit d'homme qui découvre
le vent,
Tu veilles à la chanson paisible
qui va naître.
Les
coffres de marine ne sont au fond
des cales
Qu'un souvenir bancal nécessaire
au décor ;
Faudrait du feu, pourtant, car les
regards sont morts
Et Saint Malo ne sera bientôt
plus un port.
Il faudrait libérer le parfum
des oranges
Qui naissent dans les bouches, tout
juste avant minuit ;
À quand ce rendez-vous à
cheval sur les branches
Pour déplier les fleurs venues
du fond des puits ?
Bernard MOLINIÉ